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Bonjour à tous, voici un bon moment que je n'avais pas pu écrire, beaucoup de travail, et surtout peu d'inspiration.
Aujourd'hui, j'ai décidé de partager ce que je pense du "rituel" à proprement parler dans les relations humaines.
Herwin Goffman a écrit et à très juste titre à mon avis, que les personnes qui vivent en société mais qui sont incapables d'en suivre les rituels sont mis à l'écart, soit de manière consciente et extérieur, par le bannissement, la prison, la mise à mort (rayez les mentions inutiles en fonction des usages de votre nation)... ou alors cela peut très bien se manifester de façon interne, avec la folie, le suicide. Cela revient exactement et toujours au même, la non-acceptation de ce qui est.
La seule différence est que cette non-acceptation est du coté de celui qui est seul, ou du coté du plus nombreux, toujours est-il qu’il y a discordance. C’est ensuite le plus fort qui l’emporte. Lorsque la loi du plus nombreux prévaut, c'est le rituel qui joue (La loi du nombre n’est un corolaire de la loi du plus fort).
Le rituel peut se définir ici comme un ensemble de contraintes ralentissant l’accession d’une personne ou d’un groupe d’une situation A à une situation B, voire même à le maintenir dans la situation A. Ce rituel cependant apparait de plusieurs manières, mais on peut dire qu'il y a une hiérarchie du rituel. De façon très grossière, on peut tenter de faire une classification simpliste :
le premier étant le rituel naturel, celui que nous tirons de notre capital génétique en tant qu'humain (tu ne tueras point un de tes congénères et ne coucheras point avec ta soeur... encore que cela dépende d’où on vient),
le second, un rituel imposé, dicté par les habitudes, les normes, les usages et coutumes… ce qu’on considère finalement comme notre « norme » (Le fameux "normalement" qui ressort à tout bout de champ lorsque l'on se trouve désemparé face à une situation que l'on a du mal à gérer : « Mais normalement, on ne tape pas une personne, même si elle reste sur la file de gauche dans l’escalator et te fait louper ton train !! »).
Rompre le rituel naturel et le rituel imposé, c'est pas la même chose, et ça ne se fait pas de la même manière et avec les mêmes pincettes. Entre menacer une personne de mort et la tuer effectivement pour un morceau de pain, il y a une marge que personne de censée ne franchit (Essayez, vous verrez...). Entre tambouriner son torse velu en menacer de mettre un coup à quelqu'un et effectivement le faire pour une bousculade, la marge est nettement moins grande (Essayez, vous verrez...). Dans le premier cas, vous avez rompu un rituel naturel, dans le second, un rituel imposé.
Cela étant, cette séparation est simpliste, car la marge entre les deux est extrêmement floue en fonction des époques des lieux ou des situations (mais cela m'aide dans mon explication). En règle générale, plus on approche de l’état naturel pur, moins on s’impose de contraintes. Plus on a de personnes à gérer, plus les particularismes (classes, différences de richesses, habitudes, etc…) sont nombreux… et plus on doit alimenter le rituel imposé, et même si l’idée de départ est de vivre dans un groupe en bonne intelligence, les facteurs qui font qu’un rituel a été créé ont disparus, faisant du rituel imposé un frein. On a donc des rituels utiles et inutiles.
Cela sous-entend plusieurs choses. Décider de rompre le rituel naturel est quelque chose d'extrêmement sérieux, sans pour autant que l'on sache ce qui compose exactement le rituel naturel. Ce qu’il y a de certain, c’est que le rituel naturel trouve son utilité dans la préservation de l’espèce (tuer une personne ou pratiquer l’inceste n’est en soi pas un erreur… sauf que si tout le monde fait pareil, la préservation de l’espèce n’est plus assurée).
Le rituel imposé est là pour palier les éventuelles entraves au rituel naturel, mais également aux failles de son propre système... de contrôle du rituel (souvent ces systèmes sur-régulent pour combler des trous qu’ils ont eux-mêmes créés, et deviennent des systèmes de loi monstrueusement bordélique). Mais ici, le rituel imposé trouve son utilité de manière immédiate, et à beaucoup moins grande échelle (de temps et d’espace) que le rituel considéré comme naturel. C’est donc une contrainte (pour les uns) qui assure un confort (pour d’autres).
Pour autant, un rituel naturel ne répond pas nécessairement à un ordre descendu du ciel. En effet si c'était le cas, tous les pays condamneraient à mort, ou ne condamneraient pas. Tout le monde serait au même diapason. Cela signifie bien que nous avons assez de contrôle sur nos principes naturels pour pouvoir l'instrumentaliser.
Alors que l'on sait/sent très bien naturellement que tuer son prochain n’est pas « bon » (au-delà de tout l’aspect « répression »), nous en sommes arrivés à dire qu'il existe des meurtres de premier, second degré, involontaire, avec circonstances atténuantes (je vous passe la liste, j'ai pas toute la journée), etc...
C'est plus fort que nous. On a besoin de complexifier, classifier, même les choses qui semblent naturelles, probablement moins par soucis de justice que par soucis... de vouloir comprendre et disposer d'un modèle d'action, pour écarter ceux qui respectent de ceux qui ne respectent pas le rituel, quel qu'il soit.
En transposant cet état d'esprit, on se rend compte, en observant ... que pour les plus petites choses de la vie, on instrumentalise. On pose des modèles de reflexion, certains même s'arrachent les neurones (consultants...) à trouver des solutions (sic!) pour ce qu'ils estiment être des problèmes, qui dans le grand ordre des choses sont véritablement mineurs… et au final, pour de très petits problèmes, on instrumentalise à outrance, on ritualise trop… et donc on paralyse, car si on sait instrumentaliser, désinstrumentaliser, on sait pas faire.
La façon d’appréhender un combat de survie doit être différente de celle d’un sparing. Dans le second cas, on se doit de respecter les rituels naturels et imposés (tant que possible), alors que dans le premier cas, il faut au moins faire une croix sur le rituel imposé, mais également en situation extrême, parfois faire une croix sur le rituel naturel.
Le problème, c’est que la plupart des gens sont maintenant tellement ancrés dans le rituel imposé qu’ils vont soit rester dedans, même en situation extrême de survie (et donc se coller des contraintes inutiles : « On fait un duel à mort, mais bon, on tape pas dans les jambes d’accord ? ») … soit c’est totalement l’opposé, ils vont sortir de ce rituel imposé qu’ils ont toujours connu, mais n’auront plus aucun repère sur rituel naturel dans des cas où il faudrait le respecter (Et avoir des comportements totalement déphasés avec le monde qui l’entoure : « J’ai massacré ma femme à coup de pioche, mais c’est parce qu’elle a roulé une galoche au facteur »).
D’autres encore n’ont pas reçu du tout la même éducation, et leur frontière entre rituel naturel et imposé ne se trouve pas du tout au même endroit que les autres membres du groupe dont il fait partie. Ensuite, la différence entre cette frontière va faire qu’il sera considéré comme un « original » au mieux, un délinquant au pire. Mais certains ne connaissent pas du tout même rituel imposé, voire même pas le même rituel naturel.
Donc en combat, toutes ces personnes réagissent de manière différente, et parfois assez mal. Certaines vont se recroqueviller dans leurs principes , rester paralysée ou se faire torpiller la tronche parce que « ohlala dites donc monsieur, vous avez beau faire 2M20, 150kg, vous ne me faites pas peur car la loi est de mon côté, bien que nous soyons seuls dans la rue en pleine nuit ». D’autres vont franchir le pas et tuer la personne en face, mais finalement aller en taule, en pensant être dans leur bon droit en premier lieu.
Il faut donc être extrêmement attentif à l’état d’esprit de la personne en face et savoir à quel point le rituel imposé a fait effet sur cette personne… cela impose :
De savoir ce que recouvre le rituel imposé
De connaître les signes qui montrent que la personne en face est bloquée dedans.
Le rituel « imposé » est pour moi, nécessairement classifiable dans l’utile/inutile, car répondant à une immédiateté.
Pourquoi avoir un téléphone portable ? Car tout le monde en a un et du coup, on s’attend à ce que tout monde puisse être joint à tout moment. C’est immédiat, c’est une contrainte utile. Votre téléphone portable est un iphone4 Hello-Kitty parce que c’est la mode ? Contrainte inutile.
Ce n’est qu’un exemple, mais j’ai pu remarquer que les personnes affectionnant le confort inutile étaient paradoxalement celles qui se soumettent le plus volontiers aux contraintes inutiles. Je ne dis pas que l’un n’existe pas sans l’autre, je dis juste que les deux font partie d’un système de « normes », donc d’un rituel imposé. C’est un système dans lequel les gens vivent mais en sont en même temps prisonniers.
Disons qu’une personne enfermée dans le rituel imposé sera aisément identifiable à proportion de son attrait pour les contraintes et récompenses inutiles, car ces deux choses sont le tenant et aboutissant du rituel imposé.
Il n’y a pas que les portables qui vous permettent de reconnaître les gens enfermés dans le rituel imposé. Les habitudes de vie, de travail sont très révélatrices. Une personne qui hurle parce qu’on n’a pas mis le formulaire vert dans la bannette verte, mais plutôt transmis directement à la personne intéressée s’impose à elle et aux autres des contraintes inutiles… donc est enfermée, (et enfermable) dans un rituel.
En observant bien, en combat c’est aussi possible de profiter de cela. Une personne s’étant libérée de protocoles de timing, de distances peut être ré-enfermée dans un protocole (on le fait retourner dans sa zone de confort). On l’enferme dans un timing (on fait des mouvements monotones de frappe), puis une fois qu’il est dedans, on le surpasse en timing en accélérant ou en se plaçant plus près. Il n’est prêt ni physiquement ni mentalement.
Même dans les phases d’intimidations, c’est un truc qui s’est déjà vu : une personne enfermée dans le rituel d’intimidation (la fameuse montée de ton d’une engueulade), si la personne en face saute le rituel et attaque directement, l’autre n’est prêt ni physiquement ni mentalement.
Donc en étant sensible à l'état d'esprit des autres, on peut devenir conscient des contraintes qu'ils s'imposent à eux-même, et
instrumentaliser cela (à son avantage ou désavantage, en fonction de ce que vous voulez faire). Toujours est-il encore une fois que la véritable possibilité de vaincre un adversaire passe
essentiellement par la compréhension de ce qu'il est.