Gestion de projet

Lundi 7 septembre 2009 1 07 /09 /Sep /2009 17:51

... bon là je sens que je vais pas me faire des amis :p

 L'autre fois, j'étais en train de lire le livre 'Le Chin Na du Shaolin' du Dr. Jwing-Ming Yang.

Comme certains le savent, le Chin Na regroupe les techniques de défense et d'attaque impliquant les saisies, torsions et contraintes mécaniques sur les os/articulation/ligaments/tendons.

Un ouvrage intéressant s'il en est car les positions de corps montrées en photo sont très bien choisies, et n'importe qui ayant déjà un minimum de pratique martiale n'aura aucun mal à comprendre les positions et mouvements, rien qu'en regardant les images, et des livres aussi bien illustrés sont rares.

Au delà de ça, les situations montrées (contrairement à ce que dit le bouquin sur sa face arrière) sont très loin d'être réalistes, et d'expérience, pour apprendre à attraper et tordre, il faut apprendre à voir les choses venir et parer...


Une personne déjà capable de faire cela ne se mettra jamais dans une des situations décrites dans le livre. Vous me direz, c'est le propre de n'importe quel bouquin donnant des conseils: le jour où on a la capacité de suivre ces conseils de manière instinctive, on se retrouve rarement dans des cas où on a l'occasion de les exercer. Ainsi vont les choses.
 

Pour autant, les saisies et torsions montrées dans ce livre sont vraiment très intéressantes... pour une personne pratiquant le KungFu Wushu... mais pas forcément pour les autres.

Avant de m'expliquer, un petit tour côté boulot pour illustrer d'une comparaison hasardeuse

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Ce ce bouquin (et l'enseignment qu'il prodigue) m'a fait penser à la façon de travailler de certaines très grosses entreprises (ou très petites mais c'est plus rares), fournissant des services de conseil, gestion projet, implémentation de solution Ressources Humaines et évaluation des procédures mises en place:
- Ils prennent ce qui marche le mieux chez eux (pour les plus mauvais)

Ou

- Prennent ce qui marche très bien chez un échantillon de clients (pour les moins mauvais)

Puis

- Extrapolent à la situation du client en cours et conservent les mêmes modes de fonctionnement, car tout modifier pour chaque client coût trop cher en temps et en fric. Le véritable conseil,ou le consulting à la carte est un mythe si le client n'a pas d'argent.
Si vous êtes client d'un groupe de consulting vous disant qu'il met tout en place rien que pour vous, c'est des conneries. Ce sera toujours du bullshit déjà employé ailleurs et sensiblement adapté à votre situation (après que ce soit une bonne ou mauvaise chose, c'est une autre histoire).

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On revient au Chin Na

La TOTALITE du bouquin de ChinNa présente des clés et torsions contre des attaques type "jabs".

Pour être clair : une attaque 'Jab' signifie que la main qui attaque (ou la main qui tient une arme) se trouve du même côté que la jambe qui est en avant lorsqu'on est en garde. Ce sont des attaques considérées comme moins puissantes mais plus rapides, car le point de départ du coup est très proche du point d'arrivé (vu que la main se trouve déjà en avant). C'est un peu le pendant de la "Fente" en escrime.
Bref, on occulte dedans toute la partie 'Cross'. Pour faire simple, les attaques 'cross', c'est l'inverse, on attaque avec le bras opposé à la jambe qui est  en avant.

Pourquoi j'insiste là dessus demandez-vous mademoiselle/monsieur? Pour la simple raison que j'ai plus eu l'habitude de tomber en face de gaillards qui avaient comme premier reflexe de faire des 'cross' que des 'jabs'. Alors pourquoi diantre ce ce bouquin ne donne rien la dessus? Surtout qu'en plus, un jab est BEAUCOUP plus difficile à voir venir.

Pour la simple et bonne raison que les arts Shaolin favorisent énormément tout ce qui est coup direct type 'jab', et beaucoup moins les frappes puissantes type 'cross'.

Et faut pas rêver, la position de corps de l'attaquant est tellement différente entre le 'jab' et le 'cross' qu'il ne suffit pas "un minimum" d'adapter pour que les techniques présentées marchent. Les contraintes de mécanique de corps sont tout simplement totalement différentes, et cela nécessite vraiment un entrainement totalement différent sur la majorité des saisies montrées dans le livre pour pouvoir tout réadapter. Du coup, le livre ne me sert pratiquement à rien, car je ne fais pas de "Chin-Na" ni de "Wushu", et mes adversaires pareil.

Est-ce de l'autosuffisance de la part de l'auteur?

Non, certainement pas, au même titre que l'entreprise de conseil a tendance à répondre avec ce qu'elle connait le mieux, contre des problèmes... qu'elle connait bien... mais qui ne seront pas nécessairement en adéquation avec la situation de l'entreprise cliente (si vous suivez toujours ma comparaison hasardeuse)

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En y regardant et en extrapolant, la raison pour laquelle une armée bien organisée, hiérarchisée comme pas possible a du mal à faire la guerre contre des guerrillos, c'est tout simplement parce qu'eux même ne font pas la guerre de la même manière et ne connaissent pas le même quotidien... pour peux qu'en plus ils cumulent avec ça la méconnaissance du terrain et un mauvais support, c'est complètement l'horreur pour les soldats sur le front et le guerrillos ont un cran d'avance.

 

Du coup, dirais-je qu'un pratiquant de ChinNa praticant comme dans ce livre se ferait rétamer la face en essayant ses prises sur un boxeur anglais/français, même peu expérimenté? Oui... plutôt oui...


Tout comme une boite de conseil aurait du mal à appliquer une solution en ne se basant que sur son expérience passée à parer toutes les situations auxquelles son client va faire face... et qu'il ne connait manifestement pas.


L'idéal serait que le client liste lui même et donne au fournisseur un aperçu des situations dans lesquelles il peut postentiellement se trouver... mais pas en théorie hein, je parle d'une réalité de tous les jours...

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Un peu comme un pratiquant de ChinNa qui irait voir son professeur pour lui dire que les techniques apprises... ne fonctionnent pas dans un certain contexte et qu'il souhaite un apprentissage de techniques plus réalistes en son sens.


Vous voyez le malaise...

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Même si le comparatif paraît tiré par les cheveux, pensez-y:

- Existe-t-il, en période de négociation d'un gros contrat (gestion externalisé entre un client et des fournisseurs), un moment où le fournisseur osera dire à son client:
"Je ne sais pas vous défendre contre vos problèmes car je ne les connais tout simplement pas, alors je vais prendre un truc qui marche à peu près chez un client qui fonctionne un peu pareil, et on regarde ce que ça donne",

 

- Ou un client tout simplement dire: "Je veux bien faire un bout de chemin avec vous, mais avant de signer quoi que ce soit, on fait une réunion parce que je sais que vous ne connaissez rien de notre quotidien opérationnel".


Personne ne serait assez fou pour dire ça! Et en général, les problèmes tombent et le client vient pleurnicher chez le fournisseur en disant qu'il n'est pas normal que la solution ou les procédures employées n'aient pas prévu tous les cas de figure... et ils ont raison. On se retrouve dans la situation où le pratiquant de ChinNa vient pleurer auprès de son prof parce qu'il a le nez cassé.

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D'ailleurs la réaction du prof/fournisseur est souvent la même: "Tu ne peux t'en prendre qu'à toi (d'une manière où d'une autre) et continue de casquer".


Alors d'où vient le problème fondamental? A mon avis, c'est toujours là même chose:

 

Qu'on soit prof de ChinNa (ou autre) ou vendeur d'une solution RH, on refuse de passer pour des gros cakes:   on en paye les pots cassés par la suite (la sacro-sainte Crédibilité que l'on tente de garder par tous les moyens disponibles).


Le fait de ne pas vouloir montrer qu'on ne connait pas les problèmes directs de la personne que l'on conseil peut parfois empêcher les problèmes d'être traités à temps (et notez en général que ce sont souvent les personnes qui ne connaissent pas une situation qui se permettent de donner des conseils).

Donc ce n'est pas un problème de manque de connaissance (chose normale quand on ne connait pas un milieu), mais un problème d'approche.

Ce qu'il faut arriver à faire, c'est accepter la méconnaissance et s'atteler à la supprimer le plus vite possible... par l'instauration de procédure et méthode permettant de récolter l'information au plus vite. C'est même une priorité absolue. AUCUNE boite de consulting ou intégrateur ne fait cela sérieusement.


Quand on pense que tous ces problèmes et gnons auraient pu être évités si les deux protagonistes s'étaient assis et avaient pris le temps de discuter!

Est-ce de la faute du client?

- Non, car il ne sait pas forcément dans quoi il s'engage à la base lorsqu'il utilise un nouvel outil ou des nouvelles procédures, même si c'est pour gérer des problèmes qu'il connait.

- Oui parce qu'il doit partir du principe que dans un appel d'offre d'une solution, le vendeur essaiera toujours de vendre sa sauce et donc de se vendre à 120% de ce qu'il est vraiment capable de faire.

C'est donc au client de challenger un maximum les fournisseurs, avant tout achat, en leur posant des contraintes terrain, des contraintes métier de tous les jours, et pas seulement des besoins à haut niveau (ce qu'il se passe la plupart du temps).


Ca coûte des sous, du temps, on est tous d'accord la dessus, mais le jeu n’en vaut-il pas la chandelle ?

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Je termine mon post et en guise de conclusion mes excuses les plus plates aux pratiquants de ChinNa, c'est juste que ce livre m'a paru être une belle illustration.

Il existe très probablement (les experts pourront confirmer...ou pas?) des défenses contre du 'cross', néanmoins elles ne sont pas dans ce livre si c'est le cas (et cela laisse à penser plein de choses à propos des intentions de l'auteur...).

Toujours est-il que quel que soit l'art martial, le problème reste le même, on approfondi rarement la connaissance de ce qu'il est possible d'arriver, parce qu'on reste avant tout axé sur sa propre pratique... et qu'on développe une systémique martiale logique avec elle même... mais beaucoup moins logique dans un autre environnement.

Par Cadrus Maximus - Publié dans : Gestion de projet
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